Faut-il laisser notre enfants croire au père noël ?

     L’idée m’est venue en discutant avec mon frère. Pour lui, laisser un enfant croire au Père Noël est un énorme mensonge qui risque juste de bousiller la relation de confiance que l’on a avec son chérubin. Il est ferme sur la question ; quand il aura un enfant, il lui dira la vérité sur le Père Noël. Han ! Alors là, moi qui aime tant Noël, je me suis dit : «  Roooh mais quel vieux réac celui-là ! ».  J’aime tellement de choses en décembre : déambuler dans les rues et voter pour la maison la mieux décorée, sentir l’odeur divine de pain d’épice et de cannelle,  choisir les cadeaux que je vais offrir, décorer mon sapin et ma maison, écouter des chants de noël ( le must c’est les vitrines de noël avec la musique <3), regarder des films de noël, attendre Saint-Nicolas et le Père Fouettard et évidemment le Père Noël.  Alors voir ma fille émerveillée devant toutes ces belles choses y compris le Père Noël, me comble de bonheur.

     MAIS, en rentrant chez moi, je me suis questionnée. Pourquoi mon frère n’a-t-il pas la même vision que moi alors qu’on a grandi ensemble ? Pourquoi cela me tient-il tant à cœur et pas à lui ? Alors j’ai essayé de me pencher sur la question et de réfléchir aux arguments qui feraient que l’on ne souhaiterait pas laisser notre enfant croire au Père Noël.  Allez c’est parti !

Pourquoi ne pas laisser notre enfant croire au Père Noël ?

La question religieuse

     Ah bah oui, elle est de taille celle-ci ! Noël étant une fête Chrétienne, elle exclut donc beaucoup de religions quand on y pense (l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Judaïsme, l’Islam…). Dans l’Islam par exemple, la naissance de Jésus-Christ ne représente pas la naissance d’une nouvelle ère. En effet, pour les musulmans, c’est le séjour de Mahomet à Médine (Arabie Saoudite) en 622 qui marque le début de leur histoire. Alors forcément la traditionnelle crèche de Noël mettant en scène la naissance de Jésus-Christ ne fait pas partie de leur tradition. De plus, c’est Saint-Nicolas, un Chrétien qui est à l’origine du Père Noël. Donc laisser son enfant croire au Père Noël quand on n’est pas Chrétien, n’est pas toujours une évidence. Bref, vous l’aurez compris, laisser son enfant croire ou non au Père Noël peut dépendre avant tout de sa religion. Bien que certaines familles fêtent aussi Noël sans pour autant être de religion Chrétienne. Certaines sont parfois même Athées. Finalement c’est une question de choix.

Je ne veux pas lui mentir.

     Pour mon frère par exemple, laisser son enfant croire à un personnage mythique et donc irréel, c’est lui mentir. Pire, c’est profiter de sa naïveté. Et je dois dire qu’en y pensant bien, il n’a pas tout à fait tort. D’autant que pour entretenir ce mythe, on est parfois obligé de dire de nouveaux mensonges. Et oui, les questions de nos bambinous fusent et de notre côté on essaie de trouver une réponse pour  entretenir la magie du Père Noël jusqu’au bout :

  • «  Maman, comment il va venir chez nous le Père Noël, on n’a pas de cheminée ? »  « Oh ne t’inquiètes pas ma chérie, il va passer par le balcon ». Et hop, un mensonge de plus !
  • «  Papa, pourquoi grand-mère a encore un cadeau du Père Noël pour moi alors que c’est passé? » «  Parce que le Père Noël l’a perdu en chemin ». Et un de plus !
  • «  Maman, pourquoi je ne pourrais pas avoir tous les cadeaux que j’ai demandé sur ma liste ? » « Parce que le Père Noël a beaucoup d’enfants à combler ». Et encore un !
  • « Papa, comment le Père Noël fait pour distribuer tous les cadeaux en une nuit ? », « Il a un traîneau super magique qui va super méga vite ». Et allez, un nouveau !

     Mais quand est-ce que cet engrenage va s’arrêter ? Alors oui, je comprends totalement le point de vue de mon frère car effectivement on ment à notre enfant. La question est surtout de savoir comment notre poupette réagira quand elle découvrira qu’on lui a menti ? Elle qui avait tant confiance en nous. Arf, ça me fait mal d’écrire ça quand j’y pense. Est-ce qu’elle nous en voudra ? Pensera-t-elle que nous avons brisé sa confiance ? Cela, on ne pourra le savoir que dans quelques temps maintenant.

Je ne veux pas faire de chantage affectif.

     « Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne te donnera pas de cadeaux ». Cette phrase ressemble à un petit chantage affectif quand on y pense.  Et puis,  qu’est-ce que ça veut dire être sage ? Est-ce que c’est bien travailler à l’école ? Ranger sa chambre ? Ne pas faire de caprice ? Ecouter ses parents? Etre poli ? Je me pose la question. Tenez nous par exemple, je trouve notre choupinette « sage ». Elle est toujours bienveillante avec les personnes, elle aime partager ses expériences et ses jouets, elle rigole tout le temps, elle sait nous écouter quand on lui explique quelque chose, elle est curieuse, elle est attentive à l’école, elle est douce, elle aime prendre soin des autres et j’en passe. Bref, si on me posait la question, je répondrais que OUI, ma fille est « sage ». Et pourtant, par moment elle est une enfant dans toute sa splendeur : elle peut nous faire des petites crises, elle peut nous faire des caprices (dur, dur),  elle peut nous répondre sur un ton inadapté, elle ne range pas toujours sa chambre, elle peut même taper ou jeter des objets quand elle est contrariée. Mais malgré tout ça, je le redis, je trouve ma fille « sage ». Et peut-être que vous, en me lisant, vous vous direz que jeter un objet quand on est contrarié, ce n’est pas être sage. Alors j’en reviens à ma question de départ, ça veut dire quoi être sage ? Comment expliquer à son enfant que son ami qui n’a pas été « sage » selon nos propres critères a quand même des cadeaux ? Et puis, si son ami a eu plus de cadeaux qu’elle, ne va-t-elle pas se demander si elle a été moins sage que lui ?

     Et puis, lorsque je dis à ma fille que le Père Noël ne la trouvera pas sage si elle jette son jouet par terre, j’insinue quand même grandement qu’elle n’aura donc pas de cadeaux si elle le fait. J’ai l’impression d’être dans un petit chantage affectif là. Je compte quand même un peu sur sa naïveté d’enfant  pour la persuader de ne pas jeter son jouet, puisqu’elle pensera quand le faisant le Père Noël la rayera de la liste des enfants sages. Et dans ce cas, est-ce que je ne me dédouanerais pas non plus de mon autorité en utilisant ce personnage mythique ?  Et là, je dois dire qu’en effet ça me gêne.  D’autant qu’en toute honnêteté, elle aura quand même des cadeaux sous le sapin. Donc en termes de crédibilité on est quand même proche de zéro si elle finit par jeter son jouet et que 15 jours après elle déballe tout de même ses cadeaux. Ce qui m’amène à une autre question : « est-ce que cela n’engendrerait pas un enfant capricieux ?  

Je ne veux pas que mon enfant devienne capricieux.

     Ha faire sa liste au Père Noël ! Un moment de rêve pour les enfants. Quoi de plus beau pour un enfant, que de pouvoir demander tout ce qu’il souhaite sur un bout de papier qu’il va ensuite envoyer au Père Noël pour réaliser ses vœux ? Ce qui me questionne, c’est surtout le rapport aux cadeaux que l’enfant peut développer. Par exemple, ma fille a demandé une ribambelle de cadeaux cette année. Je vois bien qu’elle n’assimile pas du tout le cadeau à un rapport monétaire. Pour elle, le cadeau « tombe du ciel ». Bien qu’elle trouve le Père Noël très gentil de la gâter ! De plus, le fait qu’elle puisse demander ce qu’elle veut, ne va-t-il pas faire d’elle une enfant capricieuse qui pense qu’elle peut tout obtenir en un claquement de doigt ? Et en même temps, je me dis que tout cela va aussi avec le caractère mythique du Père Noel. Je pense qu’il faut fixer les conditions tout de suite. Elle peut demander ce qu’elle veut au Père Noël,  et il verra ce qu’il peut ramener ou non. Finalement, les conditions sont là. Et puis soyons clair, la notion de l’argent vient bien plus tard, que l’enfant ait cru ou non au Père Noël. 

La magie de Noël ne s’arrête pas à ce gros bonhomme rouge.

     La magie de Noël c’est aussi : patienter en ouvrant son calendrier de l’avent, faire des petits plats de saison, faire des biscuits de Noël qui embaument la maison, décorer son sapin et sa maison, prendre des chocolats chauds devant des films de Noël, déambuler dans les rues pour voir les magnifiques décorations, passer de stand en stand pour découvrir des produits artisanaux (pas cette année malheureusement ), manger des chocolats par milliers, choisir les cadeaux, les emballer, écouter les chants de Noël….. Bref, Noël c’est un tout. Et là-dessus, je suis bien d’accord aussi.

Mais alors, pourquoi je la laisse toujours croire au Père Noël après tout ça ?

Parce-que je n’ai pas l’impression de lui mentir.

     La clé est sans doute là ! Car quand je la laisse croire au Père Noël, je n’ai pas l’impression de lui mentir. Je la porte simplement vers un moment magique, féérique et imaginaire. J’ai toujours considéré Noël comme un moment magique. Et l’enfance aussi doit être un moment magique. Alors en combinant les deux, j’y vois clairement la possibilité de faire vivre des moments superbes à ma fille pour qu’elle garde des étoiles plein les yeux.   Elle aura bien le temps par la suite d’atterrir dans une réalité qui n’est pas toujours rose. Alors si je peux lui entretenir ce monde plein de merveilles, ça me va. Et puis, quand je la vois prêter ses doudous avec tant d’amour pour qu’ils aident les petits lutins à confectionner les jouets de TOUS les enfants, je la trouve là encore bienveillante et généreuse. Et pour le coup, je n’ai absolument pas l’impression d’en faire une enfant capricieuse en devenir.

Parce-que j’ai l’impression d’entretenir son monde imaginaire.

     Finalement, la question est de savoir si elle nous en voudra de lui avoir menti après avoir découvert le pot aux roses. Et là encore, en y réfléchissant bien, nous lui avons déjà menti sur d’autres choses sans qu’elle ne nous en veuille pour autant. Bah oui, les petits livres qu’on lui lisait quand elle était bébé mettant en scène des animaux qui parlaient n’étaient pas réels non plus. Et pourtant, en grandissant, elle a bien compris que les animaux ne parlaient pas et elle ne nous en pas voulu de lui avoir lu ces livres. Elle ne nous en pas voulu non plus quand elle a compris que les licornes n’existaient pas. Elle les a toujours dans son lit d’ailleurs. Elle adore toujours autant la reine des neiges même après avoir compris que les bonhommes de neige ne parlaient pas et ne faisaient pas de blague. Alors, aurais-je dû lui dire la vérité dès le début sur tout cela pour ne pas laisser dans un univers irréel ?

     Pour ma part, j’aurais tendance à dire que non ! Pour se construire et grandir, il me semble que l’enfant a besoin de se créer un monde imaginaire pour justement saisir par la suite ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Entretenir son imagination,  c’est aussi l’aider à développer sa créativité. Les plus beaux films, ne sont-ils pas purement de la fiction ? Star Wars, Harry Potter, le Seigneur des anneaux, Inception et les films de Supers Héros ne sont clairement pas réels non plus. Et pourtant, ils plaisent à beaucoup de personnes. Parce que l’imaginaire, le mythique, permet aussi d’entretenir l’espoir et le rêve. Et qui sait, peut-être que dans quelques années, ma pitchoune nous créera un film avec un Père Noël « multi-couleur » couvert de paillettes (elle adore ça) qui distribue des cadeaux à des animaux parlant. LOL.

Parce que je lui dirais la vérité quand elle me le demandera.

     Il est vrai que l’on ne peut savoir à l’avance comment réagiront nos bambinous quand ils découvriront la vérité. Seront-ils déçus ? Soulagés ? En colère ? Contents de savoir la vérité ? Tout est possible. En tout cas, ce qui est certain c’est que dès lors où notre chouquette se posera des questions, on lui dira la vérité (comme pour les licornes ;))

Pour ma part, je me rappelle bien du moment où j’ai découvert que le Père Noël n’existait pas. J’étais tellement contente d’être assez « grande » pour savoir la vérité, pour entrer dans le cercle secret de ceux qui savent. Haha quelle fierté ! Alors peut-être que ma pitchoune ressentira la même chose. Pour peu qu’elle nous surprenne à emballer les cadeaux discrètement sans qu’on l’ait vu, elle pourra même nous faire croire qu’elle y croit encore. L’arroseur arrosé comme on dit J Elle pourra se jouer de nous, un vrai bonheur pour un enfant.

Parce que j’assimile le Père Noël à un moment positif.

     Pour véhiculer un sentiment vraiment positif du Père Noël, on évite les phrases du style «  range ta chambre, sinon tu n’auras pas de cadeaux ». Pour nous, Noël doit être et rester un moment magique et pas un moyen de pression pour obtenir d’elle qu’elle soit plus « sage ». D’autant, que comme je le disais, pour moi la notion de sagesse est subjective. Je trouve ma fille adorable et ce, même si par moment je dois lui répéter 10 fois de ranger ses jouets, de se laver les dents, de ne pas sauter sur le lit, de ne pas dessiner sur la table, etc.  Donc pas question de faire du chantage avec le Père Noël. Elle aura les cadeaux que le Père Noël pourra lui amener, qu’elle range sa chambre ou non. Et d’ailleurs, tous les enfants méritent d’avoir des cadeaux.

Parce qu’au-delà de la religion, le Père Noël est un rituel social.

     Que faire si la majorité des enfants fêtent Noël et pas notre Pitchoune ? Ne risquerait –elle pas de se retrouver de côté ? Aujourd’hui, fêter Noël n’est plus qu’une question religieuse, c’est aussi un rituel social installé dans de nombreux pays. Et beaucoup de parents laissent croire leur enfant au Père Noël. Alors, il est vrai que lorsque le premier Noël de notre princesse est arrivé, on ne s’est pas posé de question ; nous aussi on la laisserait croire au Père Noël. Oui, oui je sais c’est un peu facile de suivre la majorité, mais je n’ai pas d’autre argument.

     En réalité, j’ai bien l’impression que laisser son enfant croire ou non au Père Noël est finalement une question de choix. Cela va dépendre, de ce que l’on a vécu étant jeune, de notre religion, de nos craintes de briser sa confiance, de nos envies et de nos ressentis. Il  n’y a pas de bonne ou mauvaise idée dans tout ça. Chacun fait comme il le sent. Et vous, quel choix avez-vous fait ?

2 comments

  • Très bel écrit, et très juste aussi….jamais facile de savoir comment agir avec nos ptits lou’ !
    J’imagine qu »il n’y a pas de bonne ou de mauvaise solution, l’important c’est de faire ce qui nous semble le mieux pour eux.
    En tout cas, votre poupette a l’air d’avoir de la chance d’avoir des parents comme vous :))
    Vous nous direz comment elle aura réagi quand elle apprendra que le père noël est imaginaire ? ^^

    • Merci beaucoup pour tout! Oui, je vous dirais ça. Je pense que l’année prochaine ça sera déjà peut-être juste puisque sa copine d’école se pose déjà des questions… A suivre !

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